DETAILS DE L'OUVRAGE DE LA COLLECTION


Catégorie: Livres Modernes

Référence librairie: 7059
Titre: La Douleur - Marguerite Duras - E.O. dédicacée


Auteur: Marguerite Duras


Editeur: Pol
Date d'édition: 1990
Date de dépôt des droits d'auteur: 1985
Informations sur l'édition: Dédicacée
Reliure: Broché
Illustrations:
PRIX / [ISBN] :
Disponible : Oui. Contacts, Conditions - Prix du catalogue par retour, merci.🔗



Images:






Descriptif de l'ouvrage :

LA DOULEUR DÉDICACE PAR SON AUTEUR MARGUERITE DURAS
(SCAN RAPPROCHE SUR DEMANDE)
*PAR EDITION ORIGINALE, ON ENTEND EDITION COMMERCIALISEE L'ANNEE DU COPYRIGHT OU DANS SA CONTINUITE
COPYRIGHT P.O.L 1985 / IMPRIME LE 22 MARS 1985
BON ETAT
*
http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=2-86744-042-4
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Douleur
http://www.gallimard.fr/Catalogue/P.O.L/Fiction/La-Douleur
*
Caractéristiques de l'objet
Etat : Bon état
Titre: La Douleur - Marguerite Duras
Sous-Thème: Littérature moderne
Auteur: Marguerite Duras
Année d'édition: 1990
Type de produit: Littérature Française Romans Nouvelles Correspondance
Particularités:
1er Édition, 1 ère édition, Edition signée, Signé
ISBN-13: 9782867440427
Langue: Français
Format: Couverture souple
Genre: Contemporain
Thème:
Fiction et Littérature
*
Général
Auteurs Marguerite Duras
Thème Litterature Francaise Romans Nouvelles Correspondance
Editeur Pol Distributeur Sodis

Informations complémentaires
Nombre de Pages 216 Pages
Hauteur 20,5 cm
Largeur 14,0 cm
Épaisseur 1,5 cm
Poids 220 g
Date de Parution 01/04/1985
Divers : ISBN 13 9782867440427 ISBN 2867440424
*
Marguerite Duras
La Douleur
P.O.L
33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6e

J’ai retrouvé ce Journal dans deux cahiers des armoires bleues de Neauphle-le-Château. Je n’ai aucun souvenir de l’avoir écrit.
Je sais que je l’ai fait, que c’est moi qui l’ai écrit, je reconnais mon écriture et le détail de ce que je raconte, je revois l’endroit, la
gare d’Orsay, les trajets, mais je ne me vois pas écrivant ce Journal. Quand l’aurais-je écrit, en quelle année, à quelles
heures du jour, dans quelle maison? Je ne sais plus rien. Ce qui est sûr, évident, c’est que ce texte-là, il ne me semble
pas pensable de l’avoir écrit pendant l’attente de Robert L. Comment ai-je pu écrire cette chose que je ne sais pas
encore nommer et qui m’épouvante quand je la relis. Comment ai-je pu de même abandonner ce texte pendant des années dans
cette maison de campagne régulièrement inondée en hiver. La première fois que je m’en soucie, c’est à partir d’une
demande que me fait la revue Sorcières d’un texte de jeunesse. La Douleur est une des choses les plus importantes de ma
vie. Le mot « écrit » ne conviendrait pas. Je me suis trouvée devant des pages régulièrement pleines d’une petite écriture
extraordinairement régulière et calme. Je me suis trouvée devant un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment auquel je
n’ai pas osé toucher et au regard de quoi la littérature m’a fait honte. Avril. Face à la cheminée, le téléphone, il est à côté de moi.
À droite, la porte du salon et le couloir. Au fond du couloir, la porte d’entrée. Il pourrait revenir directement, il
sonnerait à la porte d’entrée : « Qui est là. – C’est moi. » Il pourrait également téléphoner dès son arrivée dans un
centre de transit : « Je suis revenu, je suis à l’hôtel Lutetia pour les formalités. » Il n’y aurait pas de signes avant-coureurs. Il téléphonerait. Il arriverait. Ce sont des choses qui
sont possibles. Il en revient tout de même. Il n’est pas un cas particulier. Il n’y a pas de raison particulière pour qu’il
ne revienne pas. Il n’y a pas de raison pour qu’il revienne. Il est possible qu’il revienne. Il sonnerait : « Qui est là.
– C’est moi. » Il y a bien d’autres choses qui arrivent dans ce même domaine. Ils ont fini par franchir le Rhin. La
charnière d’Avranches a fini par sauter. Ils ont fini par reculer. J’ai fini par vivre jusqu’à la fin de la guerre. Il faut
que je fasse attention : ça ne serait pas extraordinaire s’il revenait. Ce serait normal. Il faut prendre bien garde de ne
pas en faire un événement qui relève de l’extraordinaire. L’extraordinaire est inattendu. Il faut que je sois raisonnable : j’attends Robert L. qui doit revenir.
Le téléphone sonne : « Allô, allô, vous avez des nouvelles ? » Il faut que je me dise que le téléphone sert aussi
à ça. Ne pas couper, répondre. Ne pas crier de me laisser tranquille. « Aucune nouvelle. – Rien ? Aucune indication ?
– Aucune. – Vous savez que Belsen a été libéré ? Oui, hier après-midi… – Je sais. » Silence. Est-ce que je vais encore
le demander ? Oui. Je le demande : « Qu’est-ce que vous en pensez ? Je commence à être inquiète. » Silence. « Il ne
faut pas se décourager, tenir, vous n’êtes hélas pas la seule, je connais une mère de quatre enfants… – Je sais, je
m’excuse, je dois sortir, au revoir. » Je repose le téléphone. Je n’ai pas bougé de place. Il ne faut pas trop faire de
mouvements, c’est de l’énergie perdue, garder toutes ses forces pour le supplice.
Elle a dit : « Vous savez que Belsen a été libéré ? » Je l’ignorais. Encore un camp de plus, libéré. Elle a dit :
« Hier après-midi. » Elle ne l’a pas dit, mais je le sais, les listes des noms arriveront demain matin. Il faut descendre, acheter le journal, lire la liste. Non. Dans les
tempes j’entends un battement qui grandit. Non je ne lirai pas cette liste. D’abord le système des listes, je l’ai essayé
depuis trois semaines, il n’est pas celui qui convient. Et plus il y a de listes, plus il en paraîtra, moins il y aura de
noms sur ces listes. Il en paraîtra jusqu’au bout. Il n’y sera jamais si c’est moi qui les lis. Le moment de bouger arrive.
Se soulever, faire trois pas, aller à la fenêtre. L’école de médecine, là, toujours. Les passants, toujours, ils marcheront au moment où j’apprendrai qu’il ne reviendra jamais.
Un avis de décès. On a commencé ces temps-ci à prévenir. On sonne : « Qui est là. – Une assistante sociale de la mairie. » Le battement dans les tempes continue. Il faudrait
que j’arrête ce battement dans les tempes. Sa mort est en moi. Elle bat à mes tempes. On ne peut pas s’y tromper.
Arrêter les battements dans les tempes – arrêter le cœur – le calmer – il ne se calmera jamais tout seul, il faut l’y
aider. Arrêter l’exorbitation de la raison qui fuit, qui quitte la tête. Je mets mon manteau, je descends. La concierge
est là : « Bonjour madame L. » Elle n’avait pas un air particulier aujourd’hui. La rue non plus. Dehors, avril.
Dans la rue je dors. Les mains dans les poches, bien calées, les jambes avancent. Éviter les kiosques à journaux.
Éviter les centres de transit. Les Alliés avancent sur tous les fronts. Il y a quelques jours encore c’était important. Maintenant ça n’a plus aucune importance. Je ne lis plus les
communiqués. C’est complètement inutile, maintenant ils avanceront jusqu’au bout. Le jour, la lumière du jour à profusion sur le mystère nazi. Avril, ce sera arrivé en avril. […]